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Mardi 31 janvier 2006 2 31 /01 /Jan /2006 03:35
Soubresauts venteux,
S’agitent hanches timides,
L’oiseau bout picore

* * *

Dans l’ombre du ciel
neige descend les sommets,
herbe devient blanche

* * *

Vertes feuilles
Deviennent blanches de neige,
Tapis disparaît

* * *

La rive est gelée,
Le silence s’est posé,
S’endort la vie

* * *

La nuit tombe haut,
L’ombre de lune aux nuages,
Fourmis vont au chaud

* * *

Quelques bris de glace,
Sursaut de ces assoupis
Grouillant sous le lac

* * *

La peau nue frissonne,
Couteaux d’air sont avivés,
Tombent les flocons

~ © Pascal Lamachère - 2004-2005 ~


Explication : C'est à Basho (1644-1694) que l'on attribue la fragmentation du tanka ou du poème lié (les opinions diffèrent selon les spécialistes), c'est-à-dire la pratique d'écrire un hokku sans souci d'enchaînement. Bien longtemps après Basho, Shiki (père du haïku et du tanka modernes, 1867-1902) donne un nom à ce "chaînon" isolé: haïku (haïkaï-hokku). Qu'est-ce donc que le haïku? C'est un poème sans mots, c'est-à-dire très bref, un tercet d'habituellement 17 (5/7/5) syllabes. Il contient une référence à la nature (kigo), à une réalité non seulement humaine. Sobre, précis, subtil, dense, sans artifice littéraire, il évite les marques habituelles du poétique, telles la rime et la métaphore. Loin du grand souffle lyrique occidental, le haïku peut sembler anodin au premier abord; en fait, il est banal ou sublime, tout se jouant sur la corde raide tendue entre le poète et le lecteur.

En bref : Le Haïku pur, est un tercet de 17 syllabes, réparties en 5/7/5 suivant certaines règles. Il ne contient ni rime, ni métaphore, et implique implicitement un mouvement, le plus souvent en rapport avec la nature. Il est en quelque sorte une photo instantanée de l'âme, d'une partie du tout, que d'un geste la plume retranscrit.
Par Pascal Lamachère - Publié dans : Envolée poétique
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Mardi 31 janvier 2006 2 31 /01 /Jan /2006 03:32

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom


Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom


Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom


Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom


Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom


Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom


Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom


Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom


Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom


Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom


Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom


Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes maisons réunis
J'écris ton nom


Sur le fruit coupé en deux
Dur miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom


Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom


Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom


Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom


Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom


Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom


Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom


Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom


Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

© Paul Eluard
in Poésies et vérités 1942
Ed. de Minuit, 1942
Par Pascal Lamachère - Publié dans : Textes, anthologie d'auteurs connus
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Mardi 31 janvier 2006 2 31 /01 /Jan /2006 03:31
Pour inaugurer la rubrique des citations, le temps, ritournelle dans nombre de pensées, horloge de nos quotidiens :

La chanson est expansion dans le passé, la photo finitude. La chanson est le sentiment heureux du temps, la photo son tragique. J'ai souvent pensé qu'on pourrait raconter toute sa vie seulement avec des chansons et des photos. (Annie Ernaux - Femme de lettres française)

L'avenir est une tradition. Combien de temps se maintiendra-t-elle ? (Jean-Claude Carrière - Ecrivain français)

Un enfant disait, pour parler du temps d'avant sa naissance : "Quand j'étais encore mort." (Jean-Claude Carrière - Ecrivain français)

La folie est le prix à payer pour le temps passé à être trop lucide. (Elliot Perlman - Ecrivain australien)

On ne peut pas dire que le temps coule et que quelque chose se passe, car tout a déjà eu lieu. (Viktor Pelevine - Ecrivain russe)

Avec le temps qui passe ceux qui étaient con le restent et ceux qui ne l'étaient pas le deviennent. (Philippe Geluck - Dessinateur de BD belge)

Quand on parvient, par la poésie, par la langue, à transgresser la durée pour faire lien avec le temps, l'existence est enrichie. (Chawki Abdelamir - Poète d'origine irakienne)

Le réel exil commence lorsque le présent est confisqué. Quand on est condamné à rêver le temps d'avant et attendre l'avenir. (Chawki Abdelamir - Poète d'origine irakienne)

Pour atteindre la vérité, il faut perdre du temps et cesser de travailler. (Montserrat Figueras - Chanteuse lyrique et écrivain espagnole)

Le temps se peuple, aussi mécaniquement que le vide attire le plein. (Marie Darrieussecq - Femme de lettres française)

Là où l'infini de l'espace recoupe l'infini du temps, on trouve un endroit précis à un moment donné ; j'y suis souvent. (Grégoire Lacroix - Ecrivain et poète français)

Ecouter de la musique fait ressentir le temps physiquement. (Jim Jarmusch - Cinéaste américain)

Le seul temps vraiment perdu est celui qu'on passe à regretter les occasions manquées. (Grégoire Lacroix - Ecrivain et poète français)
Par Pascal Lamachère - Publié dans : Le coin des citations
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Mardi 31 janvier 2006 2 31 /01 /Jan /2006 03:27
Ils étaient là, sous la pluie, étrangers à ces terres, perdus. Ils avaient atterri hier, dans la nuit, sur une branche, avec leur soucoupe. La lune était pleine et était propice à leur sortie, ils s'étaient dit. Mais ils avaient omis un détail, ils ne connaissaient rien, aucun détail, aucune donnée sur les vies qui respiraient ici bas. Quand ils firent les premiers pas, ils étaient sur une presqu'île. Il n'y avait que le souffle du vent, la brise marine, le clapotis des vagues, et quelques crabes à moitié endormis...

Ils n'eurent l'occasion de consommer leur déception quand nul être ne répondit à leur appel : frêles comme deux feuilles, ils furent emportés par Eole, voyagèrent à dos de nuages. L'un appuya sur un bouton de sa blouse. Leur soucoupe les suivit. Ils virent le bon côté de ceci dans la beauté du ciel étoilé, dans les rivages qui en dessous se dessinaient, dans ce qui leur semblait les habitacles des créatures habitant cette planète. Puis leur vitesse diminua, les nuages perdaient de leur consistance, se vidaient en pluie, ils descendirent, perdirent de la hauteur, virent venir le sol avec appréhension. Le feuillage d'un prunier fit office de coussin, et ils furent de nouveau sur une branche, en entier. Leur soucoupe n'était pas loin, et ils se demandaient s'ils ne devaient pas attendre la fin de la nuit, regarder se lever la grande boule de feu, qu'ils intuitaient comme garant d'un cycle aux créatures de cette planète. L'autre décida de faire une dernière tentative. Dans la pluie battante, leur appel ne fut pas perdu pour tous. Une créature à la bouche pointue apparut à travers les branches, et alors qu'ils tentèrent de la saluer d'une révérence... ils furent gobés...

Ils étaient là, sous la pluie, étrangers à ces terres, perdus. Perdus, ils ne le seront plus, et étrangers non plus. Ils se sont fondus à la faune locale. L'ôte dans lequel ils étaient, et qu'ils tentaient dans leur langue natale, sans relâche, d'interpeller, fut quant à lui confronté aux dures lois de la nature. Un chat qui passait par là, à l'affût, n'en fit qu'une bouchée. La morale de la chaîne alimentaire était ainsi respectée : ces deux vers de l'espace finirent digérés par un oiseau qui avait terminé dans l'estomac d'un chat. Le bon côté des choses pour eux, c'est qu'ils auront vécu une fin dans une créature qu'ils auront pu étudier de prêt avant d'être digéré. Quant à la morale "finale", elle est pour moi... il va falloir que j'arrête de regarder Microcosmos et Men In Black dans la même soirée, juste avant de rejoindre la dimension de Morphée...

© Pascal Lamachère - 2001
Par Pascal Lamachère - Publié dans : Plume Rieuse
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